Marathon sous les 2 heures : de Kipchoge (Vienne 2019) à la course pour le sub-2 officiel
À la date de publication de cet article (mai 2026), aucun marathon officiel sous les deux heures n'a encore été homologué par World Athletics. Le record du monde masculin reste détenu par Kelvin Kiptum (2h00:35, Chicago, 8 octobre 2023). Les performances évoquées plus loin pour le marathon de Londres 2026 (Sebastian Sawe, Yomif Kejelcha) sont présentées comme un scénario hypothétique — celui qui validerait, dans des conditions de course homologuables, ce que Kipchoge a démontré en 2019 hors compétition. Cet article sera mis à jour dès que les données officielles World Athletics seront disponibles. Les chiffres présentés dans la section « Et si la barrière tombe… » sont des illustrations narratives, pas des résultats avérés.
Depuis l'INEOS 1:59 Challenge à Vienne (12 octobre 2019), où Eliud Kipchoge a bouclé le marathon en 1h59:40,2 en démonstration hors compétition, la course pour le premier marathon officiel sous les deux heures s'est jouée par paliers : Kelvin Kiptum descend à 2h00:35 à Chicago en octobre 2023, puis l'on attend la rupture en course homologuée — c'est-à-dire conforme aux règles World Athletics, sans lièvres tournants, sans ravitaillement à vélo, sur un parcours et une dénivelée conformes.
Cet article retrace cette décennie : pourquoi la barrière des 2 heures fascine, ce que représente une telle allure (2'50"/km tenu pendant 42 km d'affilée), comment les deux tentatives Breaking2 et INEOS 1:59 ont préfiguré le possible, et quel scénario verrait — ou a peut-être déjà vu — la barrière tomber officiellement.
2 heures : pourquoi une telle obsession ?
La symbolique des grandes barrières chronométriques structure la course à pied depuis toujours. Le mile sous les 4 minutes (Roger Bannister, 1954), le marathon sous les 2h10 (Derek Clayton, 1969), puis sous les 2h05 (Khalid Khannouchi, 1999), enfin sous les 2h03 (Patrick Makau, 2011). Chaque fois, ce qui semblait inaccessible devient routine en quelques années.
Mais les deux heures rondes restaient à part. En 1991, le physiologiste Mike Joyner publie un article devenu célèbre dans lequel il calcule, à partir des paramètres connus de l'efficacité énergétique humaine (VO₂max, économie de course, seuil lactique), qu'un marathon en 1h57:58 serait théoriquement possible. À l'époque, le record du monde s'établissait à 2h06:50. La marche était immense.
Trente ans plus tard, le record officiel est descendu à 2h00:35 (Kelvin Kiptum, Chicago, 8 octobre 2023), à seulement 35 secondes de la barrière. Et le sub-2 hors compétition officielle, lui, avait déjà été franchi sept ans plus tôt à Vienne. Reste à attendre — ou à vérifier — la rupture en course homologuée.
Les deux tentatives organisées : Breaking2 puis INEOS 1:59
Deux projets distincts ont été spécifiquement conçus pour faire tomber la barrière des deux heures, en s'affranchissant des contraintes des courses officielles.
Breaking2 (Monza, 6 mai 2017)
Nike réunit trois athlètes — Eliud Kipchoge, Lelisa Desisa et Zersenay Tadese — sur le circuit automobile de Monza, pour des conditions optimales : revêtement parfait, virages relevés, météo contrôlée, lièvres en formation, ravitaillement à vélo. Kipchoge passe la ligne en 2h00:25, à 26 secondes du Graal. Ce ne sera pas reconnu, mais ce n'était pas le but : c'était un test physiologique grandeur nature, qui démontre que les deux heures sont à portée de l'humain.
INEOS 1:59 Challenge (Vienne, 12 octobre 2019)
Deux ans et demi plus tard, le pétrolier INEOS finance une nouvelle tentative, cette fois conçue pour franchir la barrière. Le parcours : une boucle de 9,6 km dans le Prater de Vienne, ultra-plate, avec une légère descente nette sur l'ensemble du tour. Les conditions : 41 lièvres répartis en équipes tournantes de 7, courant en formation triangulaire devant Kipchoge pour aspirer le vent. Une voiture-pace équipée d'un laser projette au sol l'allure cible. Ravitaillement à vélo, sans avoir à ralentir.
Kipchoge boucle le marathon en 1h59:40,2. Régularité chirurgicale : tous les semi-marathons en 59:50 ou un peu mieux. À l'arrivée, il prononce une phrase devenue iconique : « No human is limited » — aucun humain n'est limité.
Pourquoi ce n'est pas un record du monde officiel
World Athletics impose plusieurs règles pour homologuer un record :
- Course ouverte à tous les coureurs (pas une tentative privée).
- Pas de lièvres entrant et sortant en cours de route — ils doivent partir en début de course et leur participation est limitée.
- Ravitaillement classique aux tables, pas en voiture ni à vélo.
- Parcours conforme au règlement : la dénivelée descendante ne doit pas dépasser 1‰, soit 42,2 m maximum entre départ et arrivée.
L'INEOS 1:59 violait plusieurs de ces critères, comme c'était voulu. Le but n'était pas l'homologation : c'était la démonstration physiologique. Pour les organisateurs, faire tomber la barrière dans des conditions optimales pavait la voie pour la faire tomber, plus tard, en course officielle. La descente s'est ensuite enchaînée en compétition réglementaire : Kelvin Kiptum a signé 2h00:35 à Chicago en octobre 2023, à seulement 35 secondes du sub-2 officiel. Reste, à la date de cet article, à voir cette barrière franchie — et homologuée — en course publique conforme aux règles World Athletics.
Ce que cela représente, kilomètre par kilomètre
1h59:40 sur 42,195 km, c'est une moyenne de 2'50"/km, soit 21,2 km/h. Pour donner un repère : à cette vitesse, vous courez les 100 mètres en moins de 17 secondes — sauf que vous le faites 422 fois d'affilée, sans ralentir.
| Repère | Allure équivalente |
|---|---|
| 10 km en 28'20 | Mêmes jambes que Kipchoge sur 10 km |
| Semi en 59'50 | = record du monde du semi tenu deux fois |
| 5 km en 14'10 | Très bon coureur amateur sur 5 km, en moyenne pendant 42 km |
De Vienne 2019 à la rupture en course homologuée : où en est-on ?
Avant Vienne, beaucoup d'experts pensaient sincèrement que les deux heures n'étaient pas franchissables en course officielle avant 2030 ou 2035. La performance de Kipchoge a renversé la barrière mentale autant que physique. La descente s'est ensuite enchaînée en course officielle : Kelvin Kiptum, à Chicago le 8 octobre 2023, signe 2h00:35 — record du monde officiel à seulement 35 secondes du sub-2.
Reste la marche finale : franchir la barrière en course publique conforme à World Athletics. Le marathon de Londres, plat, organisé fin avril dans des températures favorables, est régulièrement cité comme le candidat le plus crédible — d'autant que la nouvelle génération kényane et éthiopienne (Sebastian Sawe, Yomif Kejelcha, Jacob Kiplimo) approche déjà des 2h dans les meilleurs marathons mondiaux.
Et si la barrière tombe… le scénario plausible
Cette section est un scénario narratif, pas un compte-rendu de course. Elle illustre à quoi ressemblerait probablement la première rupture officielle, sur la base des chronos et formats de course actuellement plausibles. Aucun temps cité ici n'a été homologué par World Athletics au moment de la rédaction.
- Format de course : un major plat (Londres, Berlin, Chicago) avec des lièvres officiels limités à un départ commun et un parcours conforme (dénivelée descendante < 1‰).
- Conditions : matinée fraîche (≈ 12-15 °C), vent faible, pas de pluie.
- Stratégie : un negative split contrôlé — premier semi en 60'00-60'30, accélération sur la seconde moitié pour passer sous les 59'30.
- Allure cible : tenir une moyenne de 2'50"/km (≈ 21,2 km/h) sur 42,195 km — le semi-marathon en 59'48.
- Chaussures : super-shoes à plaque carbone conformes (40 mm max, plaque unique, modèle commercialisé depuis > 4 mois).
Si ce scénario se réalise, ce sera l'équivalent pour le marathon masculin du 6 mai 1954 pour le mile (Roger Bannister sous les 4 minutes) : une borne franchie une fois, puis franchie à nouveau régulièrement.
Côté femmes : la dynamique en cours
Le record du monde absolu femmes (toutes courses confondues, avec lièvres masculins autorisés) est détenu par Ruth Chepngetich en 2h09:56, signé à Chicago le 13 octobre 2024. Le record du monde « women-only » (course sans hommes au départ) reste à 2h16:16 par Tigst Assefa (Londres 2024). Le sub-2h10 femmes étant désormais acquis, l'attention se déplace vers le passage durable sous 2h15 en women-only et la prochaine rupture sub-2h08 en absolu.
L'héritage : la psychologie du possible
En sept ans, on est passé d'un sub-2 « impossible » à un sub-2 démontré hors compétition (Kipchoge, Vienne 2019) puis à 35 secondes en course officielle (Kiptum, Chicago 2023). La performance de Kipchoge en 2019 a déplacé la barrière mentale autant que physique. Le marathon entre dans une nouvelle ère, où la question n'est plus « peut-on courir sous 2 heures ? » mais « quand cela se produira-t-il en course homologuée ? ».
Questions fréquentes
Qui détient le record du monde officiel du marathon en 2026 ?
À la date de cet article (mai 2026), le record du monde masculin homologué par World Athletics est détenu par Kelvin Kiptum en 2h00:35, signé au marathon de Chicago le 8 octobre 2023. Aucun marathon officiel sub-2h n'a été homologué à ce jour.
Pourquoi le 1h59:40 de Kipchoge à Vienne en 2019 n'est-il pas un record du monde ?
Le 1h59:40 d'Eliud Kipchoge à Vienne (12 octobre 2019, INEOS 1:59 Challenge) est une démonstration privée organisée hors compétition, avec lièvres tournants en formation triangulaire, ravitaillement remis depuis un véhicule et parcours conçu pour la performance. Plusieurs critères du règlement World Athletics étaient violés à dessein. La course n'était donc pas homologuable.
Combien de personnes ont couru sous les 2 heures au marathon ?
En conditions de démonstration (non homologuables), Eliud Kipchoge l'a fait deux fois : Monza 2017 (2h00:25, à 25 s) et Vienne 2019 (1h59:40,2). En course officielle, personne — à la date de cet article — n'a encore franchi la barrière, le record officiel restant à 2h00:35 (Kelvin Kiptum, Chicago 2023).
Quelle allure faut-il tenir pour courir un marathon en moins de 2 heures ?
Il faut tenir une moyenne de 2'50"/km, soit environ 21,2 km/h, sur l'intégralité des 42,195 km. À cette allure, le semi-marathon est couru en 59'48 — c'est-à-dire au niveau du record du monde du semi tenu deux fois d'affilée.
Quel est le record du monde féminin du marathon ?
Le record absolu est détenu par Ruth Chepngetich en 2h09:56 (Chicago, 13 octobre 2024). Le record du monde « women-only » (course sans hommes au départ) reste détenu par Tigst Assefa en 2h16:16 (Londres, 21 avril 2024).