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L'endurance fondamentale : la base de tout coureur

L'endurance fondamentale : la base de tout coureur

L'endurance fondamentale (EF) est le socle de l'entraînement en course à pied : c'est l'allure facile, conversationnelle, à laquelle se court la majorité des kilomètres, des débutants aux marathoniens d'élite. Paradoxalement, c'est aussi l'allure la plus mal exécutée : la plupart des coureurs amateurs courent leurs footings trop vite, dans une zone « ni facile ni dure » qui fatigue sans faire progresser. Ce guide explique ce qu'est l'endurance fondamentale, pourquoi elle doit représenter 70 à 80 % du volume, à quelle allure et quelle fréquence cardiaque la courir, et comment corriger les erreurs les plus courantes.

Qu'est-ce que l'endurance fondamentale ?

L'endurance fondamentale désigne une intensité basse, située sous le premier seuil ventilatoire, ou seuil aérobie. En pratique, elle correspond à 60 à 75 % de la VMA et à 65 à 78 % de la fréquence cardiaque maximale. À cette intensité, l'énergie provient majoritairement de l'oxydation des graisses, la respiration reste calme et vous pouvez tenir une conversation en phrases complètes. C'est ce que les plans anglo-saxons appellent la « zone 2 » ou l'« easy running ».

L'endurance fondamentale n'est pas une allure de récupération bâclée ni un footing « au feeling » : c'est une zone d'entraînement à part entière, avec ses propres adaptations, qui mérite d'être courue volontairement lentement.

Pourquoi 70 à 80 % du volume ?

L'argument le plus solide vient de l'observation des athlètes d'endurance. En analysant la distribution des intensités chez les coureurs, rameurs, cyclistes et skieurs de fond de haut niveau, Stephen Seiler (2010) a montré qu'environ 80 % de leurs séances se déroulent à basse intensité, sous le premier seuil, et seulement 20 % à intensité élevée. Cette répartition, dite « polarisée » ou « 80/20 », est remarquablement constante d'un sport à l'autre et d'une nation à l'autre.

Une étude contrôlée de Stöggl et Sperlich (2014), menée sur 48 athlètes d'endurance entraînés pendant 9 semaines, a comparé quatre répartitions : polarisée, centrée sur le seuil, haute intensité et volume élevé. Le groupe polarisé (beaucoup d'endurance facile, un peu de très haute intensité) a obtenu les gains les plus importants de VO2max et de vitesse au seuil, alors que le groupe « seuil » (beaucoup de kilomètres à intensité moyenne) a le moins progressé. C'est exactement l'erreur que commettent les coureurs qui courent tous leurs footings un peu trop vite.

Ce que l'endurance fondamentale développe

Les adaptations du muscle à l'entraînement en endurance ont été décrites en détail par Holloszy et Coyle (1984) : augmentation du nombre et de la taille des mitochondries, densification du réseau de capillaires autour des fibres musculaires, augmentation des enzymes de l'oxydation des graisses. Ces adaptations se produisent dès les intensités basses, pourvu que la durée soit suffisante, et elles se traduisent par une meilleure économie de course et une épargne du glycogène à allure de compétition.

  • Utilisation des graisses : l'intensité à laquelle l'oxydation des graisses est maximale se situe, chez des sujets entraînés, autour de 64 % du VO2max (Achten et al., 2002), c'est-à-dire en plein cœur de la zone d'endurance fondamentale. Courir à cette intensité entraîne précisément la filière que le marathonien sollicite après le 30e kilomètre.
  • Cœur et capillaires : augmentation du volume d'éjection systolique et du réseau capillaire, donc de la quantité d'oxygène livrée aux muscles par battement.
  • Tendons, os, articulations : les tissus de soutien s'adaptent plus lentement que le cœur et les muscles. Le volume à basse intensité leur laisse le temps de se renforcer sans surcharge.
  • Récupération : l'endurance fondamentale le lendemain d'une séance de fractionné favorise la récupération et permet d'aborder la séance dure suivante frais.
  • Volume total : c'est parce qu'elle est facile que l'on peut en faire beaucoup, et c'est le volume cumulé qui construit l'endurance sur des mois.

À quelle intensité courir l'endurance fondamentale ?

Trois repères complémentaires permettent de rester dans la bonne zone. Le plus fiable au quotidien est la conversation.

Zone% VMA% FC maxSensationUsage
Récupération active55-62 %60-68 %Très facile, on pourrait chanterLendemain de course ou de séance très dure
Endurance fondamentale basse62-68 %68-73 %Facile, conversation fluideFootings, première moitié de sortie longue
Endurance fondamentale haute68-75 %73-78 %Facile à modéré, phrases complètes possiblesSorties longues, footings des coureurs confirmés
Endurance active (hors EF)75-82 %78-85 %Modéré, phrases courtesAllure marathon, à réserver aux séances ciblées

Pour les coureurs qui utilisent la fréquence cardiaque, la FC max doit être mesurée (fin d'un test progressif ou d'une séance de VMA longue) et non estimée par une formule : l'écart entre la formule « 220 moins l'âge » et la FC max réelle dépasse souvent 10 battements, ce qui décale toutes les zones.

Allures d'endurance fondamentale selon la VMA

VMAEF basse (65 % VMA)EF haute (75 % VMA)Profil typeAllure 10 km pour comparaison (90 %)
11 km/h8'24"/km7'16"/kmDébutant6'04"/km
12 km/h7'42"/km6'40"/kmDébutant+5'33"/km
13 km/h7'06"/km6'09"/kmIntermédiaire5'08"/km
14 km/h6'36"/km5'43"/kmIntermédiaire+4'46"/km
15 km/h6'09"/km5'20"/kmAvancé4'27"/km
16 km/h5'46"/km5'00"/kmAvancé+4'10"/km
17 km/h5'26"/km4'42"/kmExpert3'55"/km
18 km/h5'08"/km4'27"/kmExpert+3'42"/km

La lecture est éclairante : l'allure d'endurance fondamentale est 1'30" à 2'20" au kilomètre plus lente que l'allure de compétition sur 10 km. Un coureur qui vaut 50 minutes sur 10 km (5'00"/km, VMA proche de 13,5 km/h) doit donc courir ses footings entre 6'00" et 6'50"/km. Si vous ne connaissez pas votre VMA, le test VMA de terrain vous la donne en une séance, et le test de la parole suffit pour démarrer.

Organiser sa semaine autour de l'endurance fondamentale

Exemple pour un coureur à 4 séances et 40 km par semaine préparant un semi-marathon :

JourSéanceZoneVolume
MardiFractionné (échauffement et retour au calme en EF)VMA ou seuil, 20 % du volume10 km dont 5 en EF
JeudiFootingEF basse à haute8 km
SamediFooting + lignes droitesEF6 km
DimancheSortie longueEF, éventuellement 3-5 km à allure semi en fin16 km

Sur 40 km, environ 32 sont courus en endurance fondamentale, soit 80 %. Notez que l'échauffement et le retour au calme des séances dures comptent dans ce volume facile. Les plans semi-marathon et marathon de notre blog respectent cette répartition, et le générateur de plan calcule les allures pour votre objectif.

Les erreurs les plus courantes

  • Courir trop vite. C'est l'erreur numéro un. Si vous ne pouvez pas parler en phrases complètes, si vous regardez votre montre pour « tenir » une allure, si votre fréquence cardiaque dépasse 78 % de votre maximum, vous n'êtes plus en endurance fondamentale. Ralentissez, même si l'allure vous paraît ridicule.
  • Se comparer aux autres. L'allure d'endurance fondamentale est personnelle et dépend de la VMA. Un footing à 6'30"/km est parfaitement juste pour un coureur à 13 km/h de VMA, trop rapide pour un débutant à 11 km/h.
  • Transformer la sortie longue en course. La sortie longue est une séance d'endurance fondamentale longue, pas un test hebdomadaire. Les blocs à allure spécifique viennent en plus, en fin de préparation.
  • Ignorer la chaleur, le dénivelé et la fatigue. Par temps chaud ou sur un parcours vallonné, l'allure EF ralentit de 15 à 30 secondes au kilomètre pour la même intensité. Fiez-vous à la fréquence cardiaque et aux sensations, pas à l'allure.
  • Courir tous les footings « un peu plus vite pour progresser ». C'est précisément la zone grise que l'étude de Stöggl et Sperlich identifie comme la moins efficace : trop dure pour récupérer, trop facile pour stimuler la VMA.

Et si courir lentement vous semble trop lent ?

Beaucoup de coureurs découvrent que leur allure d'endurance fondamentale « théorique » les oblige à courir une minute au kilomètre plus lentement que d'habitude, et craignent de régresser. C'est l'inverse qui se produit : en quelques semaines, la fréquence cardiaque à allure égale baisse, puis l'allure à fréquence cardiaque égale augmente. Ce « découplage » est le signe le plus fiable de la progression aérobie. Les gains se mesurent ensuite sur les séances de qualité, que vous abordez plus frais, et sur les compétitions. Si une allure très lente dégrade votre foulée, alternez course et marche rapide sur les premières semaines plutôt que d'accélérer.

FAQ : endurance fondamentale

À quelle allure courir en endurance fondamentale ?

Entre 60 et 75 % de votre VMA, soit 1'30" à 2'20" au kilomètre plus lentement que votre allure de course sur 10 km. Un coureur dont la VMA est de 14 km/h court ainsi ses footings entre 5'45" et 6'35"/km. Le repère le plus simple reste la conversation : vous devez pouvoir parler en phrases complètes sans reprendre votre souffle.

Quelle fréquence cardiaque en endurance fondamentale ?

Entre 65 et 78 % de votre fréquence cardiaque maximale réelle, mesurée en fin de test progressif ou de séance de VMA longue plutôt qu'estimée par une formule. Pour une FC max de 190, cela donne une plage de 124 à 148 battements par minute. En dessous de 65 %, vous êtes en récupération active ; au-dessus de 78 %, vous quittez la zone d'endurance fondamentale.

Pourquoi courir lentement fait-il progresser ?

Parce que les adaptations aérobies clés (mitochondries, capillaires, enzymes d'oxydation des graisses, volume cardiaque) se développent dès les intensités basses, pourvu que la durée et le volume soient suffisants. L'endurance fondamentale permet d'accumuler ce volume sans fatigue excessive, donc d'aborder frais les séances de fractionné, qui apportent le reste de la progression.

Combien de séances d'endurance fondamentale par semaine ?

Toutes les séances qui ne sont pas du fractionné ou de l'allure spécifique, soit 2 séances sur 3 pour un coureur à 3 séances hebdomadaires, 3 sur 4 au-delà. L'objectif est que 70 à 80 % des kilomètres de la semaine soient courus à basse intensité, en comptant l'échauffement et le retour au calme des séances dures.

Est-ce que marcher pendant un footing est un problème ?

Non. Si courir à l'allure d'endurance fondamentale dégrade votre foulée ou fait monter votre fréquence cardiaque au-dessus de la zone, alterner course et marche rapide est la bonne solution, notamment pour les débutants et lors des premières semaines de reprise. L'intensité compte plus que la continuité du geste.

Outils associés

Allure 10 km Allure semi-marathon Allure marathon Plan d'entraînement personnalisé

Sources

  1. Seiler S (2010). What is best practice for training intensity and duration distribution in endurance athletes? Int J Sports Physiol Perform. 2010;5(3):276-291. Lien
  2. Stöggl T, Sperlich B (2014). Polarized training has greater impact on key endurance variables than threshold, high intensity, or high volume training. Front Physiol. 2014;5:33. Lien
  3. Holloszy JO, Coyle EF (1984). Adaptations of skeletal muscle to endurance exercise and their metabolic consequences. J Appl Physiol. 1984;56(4):831-838. Lien
  4. Achten J, Gleeson M, Jeukendrup AE (2002). Determination of the exercise intensity that elicits maximal fat oxidation. Med Sci Sports Exerc. 2002;34(1):92-97. Lien