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Préparer un marathon : le guide ultime

Préparer un marathon : le guide ultime

Le marathon (42,195 km) est l'épreuve reine de la course à pied sur route. Sa difficulté ne tient pas seulement à la distance : elle tient au fait qu'au-delà de 30 km, l'organisme fonctionne dans des conditions qu'il ne rencontre jamais à l'entraînement. Réussir un marathon demande donc une préparation de 12 à 16 semaines, construite autour de quatre piliers : le volume en endurance, la sortie longue, l'allure spécifique et l'affûtage. Ce guide détaille chacun d'eux, avec les allures cibles, la structure d'un plan de 14 semaines, la nutrition et la stratégie de course.

Prérequis : êtes-vous prêt à préparer un marathon ?

Un plan marathon ne crée pas la base, il la sollicite. Avant de commencer les 14 semaines, vous devriez remplir les conditions suivantes :

  • au moins un an de pratique régulière, 3 séances par semaine ;
  • 40 à 50 km par semaine tenus depuis 2 à 3 mois, sans blessure ;
  • un semi-marathon couru en compétition, qui servira de référence pour l'objectif ;
  • la capacité à courir 2 heures en continu en endurance fondamentale.

Si l'un de ces points manque, mieux vaut consacrer une saison au semi-marathon (voir notre guide préparer un semi-marathon) et reporter le marathon de six mois. Le marathon pardonne rarement une base insuffisante.

Objectifs, allures et volume hebdomadaire

L'objectif se déduit de votre temps sur semi-marathon : multipliez-le par 2,1 (si votre volume d'endurance est élevé) à 2,2 (cas général). Un semi en 1h50 donne un marathon entre 3h51 et 4h02, donc un objectif « sub-4h » raisonnable. Le tableau donne les allures exactes et les ordres de grandeur de volume observés chez les coureurs qui atteignent ces chronos.

ObjectifAllureVitessePassage semiPassage 30 kmKm/semaine recommandés
Sub-5h007:07 min/km8,4 km/h2h30:003h33:1835-45 km
Sub-4h306:24 min/km9,4 km/h2h15:003h11:5840-50 km
Sub-4h005:41 min/km10,5 km/h2h00:002h50:3845-60 km
Sub-3h455:20 min/km11,3 km/h1h52:302h39:5850-65 km
Sub-3h304:59 min/km12,1 km/h1h45:002h29:1855-70 km
Sub-3h154:37 min/km13,0 km/h1h37:302h18:3960-75 km
Sub-3h004:16 min/km14,1 km/h1h30:002h07:5970-90 km

Le calculateur d'allure marathon donne les temps de passage kilomètre par kilomètre pour n'importe quel objectif, et notre article sur l'allure cible marathon détaille les méthodes d'estimation.

Les quatre allures d'entraînement

La préparation marathon repose sur une répartition des intensités que la recherche sur les sports d'endurance a bien documentée : environ 80 % du volume en endurance facile, 20 % aux allures soutenues (Seiler, 2010). Les quatre allures à maîtriser, avec l'exemple d'un objectif 4h (5'41"/km) :

AllureIntensitéExemple objectif 4hPart du volumeRôle
Endurance fondamentale65-75 % VMA6'15" à 6'50"/km70-80 %Base aérobie, utilisation des graisses, récupération
Allure marathon76-80 % VMA5'41"/km10-15 %Apprendre l'allure de course et l'économie de course
Seuil / tempo85-90 % VMA5'00" à 5'15"/km5-10 %Repousser le seuil anaérobie
VMA longue95-100 % VMA4'25" à 4'40"/kmMoins de 5 %Entretenir la puissance aérobie

Les phases de la préparation (14 semaines)

PhaseSemainesFocusSortie longue maxSéance clé
ConstructionS1 à S4Volume et endurance22 kmVMA longue (5 × 1 000 m)
DéveloppementS5 à S8Allure marathon et seuil28 kmTempo 3 × 3 km au seuil
SpécifiqueS9 à S11Simulations de course32-35 kmSortie longue avec 15-20 km à allure marathon
AffûtageS12 à S14Réduction du volume20 km (S12)4 × 2 km à allure marathon (S13)

Construction (S1 à S4)

Le volume augmente de 10 % par semaine au maximum, avec une semaine allégée (moins 30 %) en S4. Une séance de VMA longue par semaine entretient la vitesse, le reste se court en endurance fondamentale. La sortie longue passe de 16 à 22 km, entièrement en endurance.

Développement (S5 à S8)

C'est la phase où l'on apprend l'allure marathon. La séance de qualité devient un tempo au seuil (3 × 3 km, récupération 2') ou un bloc de 10 à 12 km à allure marathon en milieu de semaine. La sortie longue monte à 28 km et intègre ses premiers blocs spécifiques : 2 × 5 km à allure marathon en S6, 3 × 5 km en S8.

Spécifique (S9 à S11)

Les trois semaines les plus exigeantes. La sortie longue atteint 32 à 35 km avec 15 à 20 km à allure marathon dans la seconde moitié, pour reproduire la fatigue de fin de course. C'est aussi le moment de tester intégralement la stratégie de ravitaillement. Un semi-marathon couru 3 à 4 semaines avant le marathon, à 95 % de l'effort, sert de répétition générale et confirme l'objectif.

Affûtage (S12 à S14)

Le volume baisse de 25 % en S12, 40 % en S13 et 60 % la semaine de course, mais l'intensité se maintient sur des séances courtes : 4 × 2 km à allure marathon en S13, 3 × 1 km à allure marathon le mardi ou mercredi de la dernière semaine. Les deux derniers jours sont des footings de 20 à 30 minutes ou du repos complet. Les jambes doivent « piaffer » au départ.

La sortie longue, colonne vertébrale du plan

La sortie longue hebdomadaire est la séance qui fait le marathonien. Elle représente 30 à 40 % du volume de la semaine et répond à trois objectifs : habituer les muscles et les tendons à la durée, améliorer l'utilisation des graisses comme carburant, et apprendre à courir à allure marathon sur des jambes fatiguées. Les sorties les plus longues (32 à 35 km) ne doivent pas dépasser 3h à 3h15 : au-delà, le coût en récupération dépasse le bénéfice. Un coureur visant 5h limitera donc sa sortie longue à 30 km. Notre guide de la sortie longue détaille les formats.

Nutrition : préparer et franchir la barrière des 30 km

Le marathon se distingue du semi par la question des réserves de glycogène. Une modélisation de la physiologie du marathon (Rapoport, 2010) montre que les réserves de glycogène d'un coureur entraîné, à allure marathon, suffisent typiquement pour une distance de l'ordre de 30 km : au-delà, sans apport de glucides pendant la course ni stratégie d'allure adaptée, le coureur ralentit fortement. C'est le fameux « mur », dont nous détaillons les mécanismes dans l'article le mur du marathon.

Trois leviers s'imposent, dans l'ordre :

  1. Avant la course : un apport de 10 à 12 g de glucides par kilo de poids corporel par jour durant les 36 à 48 heures précédant l'épreuve (Burke et al., 2011), en conservant des aliments familiers. Un coureur de 70 kg vise ainsi 700 à 840 g de glucides par jour.
  2. Pendant la course : 60 g de glucides par heure, apport recommandé pour les efforts de plus de 2h30 (Jeukendrup, 2014), soit un gel toutes les 25 à 30 minutes ou l'équivalent en boisson, dès le 5e kilomètre. Certains coureurs tolèrent jusqu'à 90 g par heure avec des mélanges glucose-fructose, à condition d'avoir entraîné leur tube digestif lors des sorties longues.
  3. Hydratation : quelques gorgées à chaque ravitaillement, sans boire au-delà de la soif.

Le détail pratique se trouve dans nos articles nutrition avant la course et nutrition pendant la course.

Stratégie de course

  • Km 1 à 10 : 5 à 10 secondes au kilomètre plus lentement que l'allure cible. Le premier kilomètre doit même vous paraître « trop lent ». Pour un objectif 4h, 5'45" à 5'50"/km.
  • Km 10 à 30 : allure cible stricte, vérifiée tous les kilomètres. Ravitaillement à chaque point, gel toutes les 25 à 30 minutes. Ne dépassez jamais l'allure cible, même si vous vous sentez en grande forme.
  • Km 30 à 38 : le cœur de la course. L'objectif n'est plus d'accélérer mais de limiter la dérive à 5 secondes au kilomètre. C'est ici que la sortie longue avec blocs spécifiques paie.
  • Km 38 à 42,195 : si vous avez respecté les trois premières étapes, vous dépasserez des coureurs au lieu d'être dépassé. Un léger negative split de 1 à 2 minutes est la signature d'un marathon parfaitement géré.

Les trois stratégies possibles sont comparées chiffre par chiffre dans notre article negative split, positive split et even split.

Les erreurs qui coûtent un marathon

  • Courir la sortie longue trop vite : elle doit être majoritairement en endurance fondamentale, les blocs à allure marathon venant en plus, pas à la place.
  • Enchaîner deux séances dures sans jour facile entre les deux.
  • Sauter l'affûtage pour rattraper des séances manquées : les dix derniers jours ne font plus progresser, ils ne font que fatiguer.
  • Changer de chaussures, de petit-déjeuner ou de gels le jour J.
  • Partir à l'allure du semi parce que « ça passe bien » : chaque seconde gagnée avant le 20e kilomètre se rembourse avec intérêt après le 30e.

Pour un programme semaine par semaine sur 16 semaines et trois niveaux, consultez notre plan d'entraînement marathon ou générez un plan adapté à votre objectif avec le générateur de plan.

FAQ : préparer un marathon

Combien de kilomètres par semaine pour préparer un marathon ?

Comptez au minimum 40 à 50 km par semaine pour un objectif entre 4h et 5h, 55 à 70 km pour viser 3h30 et 70 à 90 km pour 3h. Le volume doit être atteint progressivement, avec une semaine allégée toutes les trois ou quatre semaines. Le kilométrage total compte moins que la régularité et la présence hebdomadaire d'une vraie sortie longue.

Faut-il courir 42 km à l'entraînement avant un marathon ?

Non. La sortie longue la plus longue doit se situer entre 30 et 35 km, ou 3h à 3h15 d'effort, trois semaines avant la course. Au-delà, la fatigue accumulée compromet la récupération et les séances suivantes sans apporter d'adaptation supplémentaire. L'affûtage, l'ambiance et le ravitaillement de course permettent de franchir les 7 à 10 derniers kilomètres.

Combien de semaines pour préparer un marathon ?

12 semaines est un minimum pour un coureur qui tient déjà 40 à 50 km par semaine, 14 à 16 semaines est la durée la plus courante et la plus sûre, et 20 semaines conviennent à un premier marathon construit depuis une base plus modeste. Au-delà de 20 semaines, la motivation et le risque de blessure deviennent des facteurs limitants.

Comment éviter le mur du marathon ?

Trois leviers combinés : des sorties longues de 30 à 35 km avec blocs à allure marathon pour habituer l'organisme à utiliser les graisses, un apport de 60 g de glucides par heure dès le début de la course pour économiser le glycogène, et un départ prudent 5 à 10 secondes au kilomètre sous l'allure cible. Le départ trop rapide reste la première cause du mur.

Quel objectif de temps pour un premier marathon ?

Multipliez votre meilleur temps récent sur semi-marathon par 2,2, puis ajoutez une marge de 5 à 10 minutes pour une première. Un semi en 2h donne ainsi un objectif réaliste entre 4h25 et 4h35. Si vous n'avez jamais couru de semi, l'objectif d'un premier marathon est avant tout de finir en courant, sans chrono imposé.

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Allure marathon Plan d'entraînement personnalisé

Sources

  1. Rapoport BI (2010). Metabolic factors limiting performance in marathon runners. PLoS Comput Biol. 2010;6(10):e1000960. Lien
  2. Seiler S (2010). What is best practice for training intensity and duration distribution in endurance athletes? Int J Sports Physiol Perform. 2010;5(3):276-291. Lien
  3. Burke LM, Hawley JA, Wong SH, Jeukendrup AE (2011). Carbohydrates for training and competition. J Sports Sci. 2011;29(Suppl 1):S17-S27. Lien
  4. Jeukendrup A (2014). A step towards personalized sports nutrition: carbohydrate intake during exercise. Sports Med. 2014;44(Suppl 1):25-33. Lien